Le Premier Ministre lance les négociations pour un 3ème accord !

Cela apparaissait en filigrane dans les interventions des délégations politiques après le dernier comité des signataires… Les déclarations avaient un côté exaltation disproportionnée compte tenu du résultat effectif de ce rendez-vous politique annuel calédonien. Bien sûr, tout le monde peut se réjouir d’être parvenu à un accord conclusif sur la composition de la liste électorale pour la consultation, un problème qui trainait depuis au moins deux ans… Mais ça ne suffit pas à le qualifier d’historique comme l’on déclaré tour à tour Philippe Gomés, Paul Néaoutyine et quelques autres participants… A ce moment-là, on assistait probablement à la réactivation de l’axe Calédonie Ensemble-Palika-Goa qui avait pris quelques coups lors des élections législatives…

L’organisation de la négociation

Avec quelques semaines de recul et quelques indiscrétions, et après les déclarations d’Edouard Philippe lors de sa visite, on comprend que lors du comité des signataires – ou en parallèle – des échanges ont eu lieu autour de la définition d’un nouvel accord sur l’avenir…

Ces échanges ont servi à préparer les propos du Premier Ministre sur la mise en place d’une méthode pour y parvenir, selon ses propres termes : « un dialogue resserré avec une dizaine de représentants, nominativement désignés, des forces politiques. C’est le groupe qui déterminera, collectivement, la manière et les moyens de rendre publics les travaux et leur évolution ». Ce groupe qui fonctionne déjà est constitué de :

— Philippe Gomés

— Philippe Michel

— Pierre Frogier

— Thierry Santa

— Sonia Backes

— Harold Martin

— Paul Néaoutyine

— Louis Mapou

— Rock Wamytan

— Daniel Goa

Edouard Philippe a dit que le groupe doit travailler sur quatre thèmes :

— un bilan de la mise en œuvre de l’Accord

— la question des compétences transférés ou à transférer

— la place de Nouvelle-Calédonie dans le monde.

— le socle des valeurs et des projets qui font consensus et qui est le substrat de la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui et de demain.

En réalité, ce groupe compte onze participants, l’Etat ayant décidé d’occuper pleinement sa place dans la définition de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Dans le fond, la démarche ressemble beaucoup à celle mise en œuvre avant les Accords de Matignon-Oudinot et surtout de l’Accord de Nouméa, c’est-à-dire organiser des rencontres entre les principaux responsables politiques et les faire plancher jusqu’à ce qu’ils produisent un nouvel accord. Le programme de travail est intelligemment construit pour y parvenir.

Le bilan de l’Accord de Nouméa et la question des compétences transférées ou à transférer visent autant à mettre les leaders politiques devant les limites de l’action menée lors des vingt dernières années et face aux limites de leurs revendications, les indépendantistes étant, dans ce sens, plus visés. « Allons au fond des mots que nous employons si couramment, pour en distinguer l’actualité » a-t-il dit…

Le thème de « la place de Nouvelle-Calédonie dans le monde » vise sans doute à démontrer la petitesse de notre territoire face à un monde en plein mouvement, et à calmer certaines ardeurs. Quant au thème « socle des valeurs et des projets qui font consensus », c’est la reprise d’une proposition de Philippe Gomés et dans une certaine mesure de Pierre Frogier, une proposition à laquelle le Premier Ministre semble avoir facilement adhéré, sans doute parce que c’est reprendre une méthode qui avait fonctionné dans l’élaboration de l’Accord de Nouméa. Puisque cela a marché en 1998, pourquoi ne pas le refaire aujourd’hui…

Se donner du temps et préparer un nouvel accord sans le dire vraiment…

Pour optimiser les chances d’aboutir à un nouvel accord, Edouard Philippe a décidé de se la jouer à la locale : « un temps d’échanges qui n’est pas borné dans le temps, comme dans les palabres à l’océanienne et qui, comme dans ces palabres, est marqué par le respect de l’autre et l’écoute de sa parole. J’ai compris que le palabre reposait d’abord sur un mouvement d’écoute et d’attention à la parole de l’autre alors que notre premier réflexe est de convaincre ».

Néanmoins, le processus est balisé : « des points de rendez-vous, le premier étant un comité des signataires la première quinzaine de mars à Paris, que je présiderai évidemment en personne. L’objectif, c’est qu’à la fin du premier semestre nous ayons en commun un socle d’analyses et de valeurs permettant d’avancer ». Et on peut penser que la visite du Président de la République en mai 2018 sera une étape importante de cet échéancier. Peut-être l’annonce officielle de ce nouvel accord…

Bien sûr, à aucun moment le Premier Ministre n’a employé l’expression « nouvel accord » ou « 3ème accord ». Une prudence compréhensible : « Je ne veux pas préjuger de ce à quoi nous aboutirons », car il ne faut pas exciter les opposants à cette idée, surtout dans le camp indépendantiste, mais aussi parce que cette initiative arrive peut-être un peu tard. Mais il est vrai que les négociations pour les Accords de Matignon et de Nouméa ont abouti dans les tous derniers mois, voire les dernières semaines de la période qu’ils avaient ouvert…

Toujours est-il que toute cette mobilisation ne peut être justifiée que par la seule organisation de la consultation référendaire et à n’en pas douter, un 3ème accord est sur les rails. Reste à savoir si cette voie débouchera sur un maintien dans la République française ou plutôt vers l’indépendance…

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